13 septembre 2009

Moscovici : La Gauche et le Centre

Par Philippe BLET

Le débat sur les relatons entre le Centre et la Gauche
envahit le paysage politique depuis la rentrée, au point de devenir obsédant. Tout a commencé avec la réunion des amis de Vincent Peillon à Marseille, et la photo-choc d’un rassemblement allant
de Robert Hue à Marielle de Sarnez, entonnant pour l’occasion un discours quasi-gauchiste. Cette thématique a été présente à la Rochelle, où Martine Aubry a posé à François Bayrou des questions
préalables à un dialogue. Celui-ci, très sollicité malgré sa défaite cinglante aux élections européennes, et qui n’espérait peut-être pas jouer un tel rôle dans une rentrée qui ne se présentait
pas bien pour lui, a répondu hier, avec un langage plutôt compliqué. Il accepte son appartenance à l’opposition, exclut toute alliance avec l’UMP, lance une « offre politique de
dialogue », propose un « Parlement de l’alternance », rejette dans le même mouvement les exigences de la Première secrétaire, gentiment traitée de « surveillante
générale ».

Qu’en penser ? Les réactions socialistes ont été attendues. Vincent Peillon s’est jeté sur la perspective d’un
rassemblement anti-sarkoziste, avec une fougue digne de Jean-François Kahn, Benoit Hamon au contraire a réclamé avec scepticisme une « clarification du projet politique du Modem ». Si
l’intention du Président du Modem, bien aidé en l’occurence, était de diviser à nouveau les socialistes, il est en passe de réussir. Mais s’il s’agit de bâtir une offre politique faisant sens,
nous en sommes encore loin. J’avoue pour ma part ne comprendre ni l’attentisme des uns, ni le rejet absolu des autres. Depuis 2 ans, en fait, je plaide pour une attitude qui me semble plus
élaborée et fondée. Quel est, en effet, le véritable état de nos relations possibles avec le Modem ? Partons de constats simples. Le Centre, en France, est depuis le début des années 1970 et
l’entrée au gouvernement du mentor de François Bayrou, Jean Lecanuet, solidement ancré à droite. Le Président du Modem lui-même a fait l’essentiel de son parcours au sein de la droite modérée, et
fut on s’en souvient le ministre, sans brio, d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé. Son électorat et ses militants restent, et c’est logique, très marqués par cette origine, et réticents, même
lorsqu’ils sont partisans d’une alliance avec le PS, à un parcours avec toute la gauche. Il n’est pourtant pas possible, comme l’a fait Arnaud Montebourg, de s’en tenir là.

Car le Centre a indéniablement bougé. Candidat une première fois à la
Présidentielle, en 2002, dépouillé d’une partie de ses troupes par Jacques Chirac, fondateur de l’UMP, à nouveau pillé par Nicolas Sarkozy après l’élection de celui-ci en 2007 – sans avoir appelé
à voter pour lui – François Bayrou ne cesse, depuis 10 ans, de s’éloigner de la droite. Il a franchi plusieurs étapes depuis le début de ce quinquennat, votant les motions de censure de la
gauche, écrivant un pamphlet pas mal fichu, mais très marqué par un antagonisme tout personnel avec le Chef de l’Etat, laissant Marielle de Sarnez s’exprimer à Marseille, se revendiquant – sans
toutefois le dire – de Centre-gauche hier. Il ne doit donc pas y avoir de honte à dialoguer avec lui – à débattre sur le fond plutôt. Reste à cerner la portée et les limites de ces discussions
évenutelles – et c’est là où je me distingue de ceux qui pensent que rien n’est possible, comme de ceux qui pensent que ça y est, c’est fait, que l’histoire est en marche et ne s’arrêtera pas.
Car François Bayrou reste un homme du Centre et non de la Gauche.

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