Retrouvez ci-dessous mon interview le samedi 21 mars 2026 concernant le résultat des élections municipales le 15 mars à Calais 

Philippe Blet : «La gauche n’incarne plus l’espoir»  

Municipales. Président de la communauté d’agglomération du Calaisis de 2008 à 2015, Philippe Blet s’était allié à Natacha Bouchart lors des municipales de 2008, dans un accord entre droite et gauche critiqué. Écarté de la présidence de l’agglomération en 2015, il a ensuite siégé dans l’opposition jusqu’à la fin du mandat. Nous l’avons invité à commenter les résultats des élections municipales.  

 

Philippe BLET a réintégré le Parti Socialiste et compte bien bien jouer un rôle dans la reconquête de la mairie

NL : Les résultats de la gauche aux municipales à Calais n’ont jamais aussi bas. Qu’est ce que cela vous inspire ?

PhB : C’est une raclée. Parce qu’on n’a pas mis les moyens politiques pour créer les conditions d’un vrai projet alternatif. Chacun est dans son petit couloir. Incapable de travailler ensemble.

NL : Et comment analysez-vous la longévité de Natacha Bouchart ?

PhB : Madame Bouchart a complètement phagocyté les associations. On le voit dans la composition de sa liste : beaucoup de noms, bien placés, que l’on retrouve dans différents conseils d’administration. Je n’attaque pas les personnes, je constate. (…) Au fond, elle a utilisé les mêmes méthodes que Jacky Hénin avant 2008. C’est assez rigolo, d’ailleurs. Elle fait la synthèse, peut-être. Mais faire une synthèse sans projet, c’est limite. Quant à cette élection, quel que soit le candidat, quelle était la vision de la ville par rapport au territoire ? Sur l’intercommunalité ? Le développement économique ? L’environnement ? L’urbanisme ?

NL : Pourquoi, selon vous, la gauche a-t-elle perdu autant de terrain au Fort Nieulay et au Beau Marais ?

PhB : Parce qu’elle n’incarne plus l’espoir. Parce qu’elle n’est plus présente dans les quartiers. Il faut aller au contact, même pour se faire engueuler. On explique, on discute, on écoute. Ce travail-là n’est plus fait. À nous de reconstruire une gauche républicaine, humaniste. On peut perdre des élections, mais on ne tue pas une idée. La social-démocratie, c’est une idée, et elle vivra toujours.

NL : Le RN a-t-il pris la place que la gauche occupait autrefois dans ces quartiers ?

PhB : Peut-être. Mais surtout, là où vous n’êtes pas, d’autres y vont. Je me souviens d’un échange sur un marché, à propos du palais des congrès, quand je présidais l’agglomération. Une personne me dit : «Ton palais, j’en veux pas ! » Je lui explique calmement ce que ça rapporterait à la ville, ce que dépense un congressiste, et que cet argent ne va pas ailleurs. Et il me répond : “Ah oui, finalement…” Si vous n’expliquez pas, les gens restent avec des demi-vérités. Le Beau-Marais, c’est là où je prenais le plus de plaisir en campagne. Les gens sont vrais, directs. Là, vous comprenez tout de suite les problèmes. Et les réponses ne sont pas que sécuritaires. Un éducateur en bas d’un immeuble, c’est aussi important que la police. Et éducateur, c’est un métier, ça ne s’improvise pas.

NL : Un virage a été pris en 2008, et les résultats de la gauche n’ont quasiment fait que décroître depuis. Vous étiez l’homme de gauche qui a rejoint la candidate de droite, Natacha Bouchart. Estimez-vous avoir une part de responsabilité dans ce qui a suivi ?

PhB : Imaginez ce que vous venez de me dire : un petit mec comme moi, sur talonnettes, aurait provoqué ça ? Non… Et pendant sept ans, quelle délibération sur l’aménagement du territoire, sous ma présidence, les socialistes n’auraient-ils pas voté ? On peut leur poser la question.

NL : Mais en 2008, il s’agissait bien de reprendre le pouvoir aux communistes et à Jacky Hénin ?

PhB : Oui, mais il y a eu 2014, 2020 et maintenant 2026. Dix-huit ans ont passé. On ne peut pas tout ramener à 2008. Et puis comment se démarquer du programme social-démocrate que j’avais mis en place à l’agglomération ? Quand Madame Bouchart a racheté les 4B, j’ai dit : “Quand Natacha Bouchart devient social-démocrate, moi ça me plaît.”

NL : Est-ce que ce n’est pas justement la force de Natacha Bouchart, que de savoir trouver l’adhésion de l’électorat de gauche ? Par exemple en créant la Fabrique Défi, en investissant dans les centres sociaux…

PhB : De temps en temps, elle sait faire. Mais elle ne va pas au-delà de ce qu’on attend d’un maire… Vous mentionnez la Fabrique Défi. Mais la réalité, c’est qu’elle a tué la mission locale à Calais. Or la mission locale, créée par Bertrand Schwartz, est un outil essentiel pour les jeunes de 18 à 25 ans. Moi, au contraire, je me suis battu pour garder trois piliers : la mission locale, la maison de l’emploi et Calais Promotion. On avait un triptyque équilibré. Après, au-delà des structures, tout dépend des moyens qu’on y met.

NL : Et le fait de ne pas augmenter les taux d’imposition ?

PhB : Je vous arrête tout de suite : maintenir les taux d’imposition, ce n’est pas de gauche. C’est faire croire que rien n’augmente. L’impôt est un outil de solidarité. Il permet d’investir, de faire fonctionner les services publics. Comment finance-t-on une école d’art autrement ?

NL : Vous êtes revenu au Parti socialiste, dont vous avez été exclu en 2008 pour cause de ralliement à Natacha Bouchart…

PhB : J’ai repris ma carte il y a trois ans, à Fruges. J’ai été transféré à la section de Calais au 1er janvier 2026. Entre-temps, j’ai pris des responsabilités comme secrétaire fédéral. En 2008, on pouvait dire “Blet dehors !” Mais on ne pourra jamais dire que ce que j’ai fait n’était pas de gauche. J’ai voté Percheron, Hamon, j’ai fait campagne pour eux. Moi, je n’ai pas de problème avec les socialistes. Peut-être qu’eux en ont avec moi.

NL : L’union des gauches est-elle indispensable pour revenir au pouvoir ?

PhB : L’union pour l’union ne sert à rien. Il faut d’abord savoir ce qu’on veut faire. Mon objectif, c’est recréer un espace de la gauche républicaine, social-démocrate. Une gauche capable d’entendre la souffrance des gens et de proposer un projet crédible.

NL : Aucun regret sur votre alliance avec Natacha Bouchart ?

PhB : Non. Je savais que c’était une situation surréaliste, qui ne durerait pas. Tous les trois mois, on annonçait ma chute. Mais ça a duré sept ans, pendant lesquels j’ai fait du boulot…

Propos recueilli par Grégory FAUCQUEZ

Nord Littoral, 21 mars 2026 

By Philippe BLET

Philippe Blet, Président de la Communauté d'Agglomération Cap Calaisis, Terre d'Opale et conseiller municipal de Calais (2008/2015) Membre de la section socialiste de Calais et du Secrétariat fédéral PS du Pas-de-Calais

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