6 novembre 2009

Wali Mohammadi, l’ombre afghane de Calais devenue citoyen français

Par Philippe BLET

À 22 ans, Wali Mohammadi est boulanger à Lille, passera le bac en janvier et rêve d’intégrer
Sciences Po. Il y a six ans, il était une des ombres afghanes de Calais.

 

PAR OLIVIER BERGER

– Six ans après, quel regard portez-vous sur votre périple ?

« D’abord, ce livre rend hommage à la France, aux Nordistes, aux gens de Calais qui m’ont aidé. J’ai voulu raconter
ce périple pour expliquer que derrière les fantômes qu’on voit marcher dans la rue, il y a toujours une histoire. S’ils sont là, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont attirés par les lumières
européennes. C’est parce qu’ils n’ont pas d’autres solutions. S’ils restent, ils finiront comme le reste de la famille, tués. Je suis né dans la guerre, j’ai grandi dans la guerre. J’ai perdu mon
père, ma mère, une soeur et deux frères. J’ai juste voulu sauver ma peau. »

– Les passeurs, rencontrés sur votre parcours, aident-ils ou exploitent-ils ?

« Cette question est difficile. Bien sûr qu’ils sont là pour exploiter, pour faire leur business. Ce sont des gens
cruels et sans pitié.

Mais ils m’ont aussi aidé à passer et ça m’arrangeait. Chez vous aussi, pendant la Deuxième Guerre mondiale, des gens se
sont fait payer pour sauver des Juifs… »

– Que retenez-vous des bénévoles de Calais ?

« Ce sont des gens formidables, magnifiques. Malgré le mal qui parcourt le monde, il existe encore des gens avec du
coeur. On ferme les frontières mais on ne peut pas fermer celles du coeur. Je serai reconnaissant jusqu’à la fin de ma vie. »

– Votre but était l’Angleterre. Pourquoi être resté en France ?

« Si je n’avais pas rencontré la famille Loeuilleux à Coulogne, je serais passé en Angleterre et ma soeur m’aurait
accueilli. Mais quand je suis arrivé à Calais, début janvier 2003, j’étais crevé. Il neigeait. Les policiers arrêtaient tout le monde. Ça faisait trois mois et demi que je n’avais pas mangé un
vrai plat chaud. Je me suis laissé emporter par le confort. C’était pour gagner du temps mais je me suis attaché à ces gens devenus ma deuxième famille. J’ai vécu là une
renaissance. »

– Que pensez-vous du nettoyage de la jungle (djanghal dans les langues persanes signifie forêt) et des expulsions
récentes pour Kaboul ?

« M. Besson a voulu faire un coup médiatique. Il a fermé la jungle mais depuis, c’est encore pire. On n’a fait que
déplacer le problème.

OK, les conditions de vie étaient mauvaises mais là, ils ont simplement décentralisé. Ça n’empêchera jamais les gens de revenir. Pour moi, les expulsions sont un
crime. Comment peut-on renvoyer trois hommes dans un pays en pleine guerre ? Les Occidentaux envoient de plus en plus de forces armées et on dit que le pays est calme ! Tous les jours, cent
personnes sont tuées et il n’y aurait pas de risques ? »

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