20 mai 2011

Le jugement médiatique

Par Philippe BLET

Aujourd’hui, dans l’affaire qui implique Dominique Strauss-Kahn, nous avons une victime
présumée et un présumé coupable. Nous avons un devoir de protection envers la victime présumée. Nous avons un devoir également de protection envers le présumé coupable. C’est notre devoir pour
ceux attachés à la démocratie.

 

La présomption d’innocence vaut pour tout le monde. Nous avons surtout, à l’heure
actuelle, une énigme tant que la réalité des faits n’aura pas été établie avec précision.

 

Dans cette affaire, la victime présumée est protégée du tsunami médiatique. Je ne peux
que m’en féliciter.

 

En revanche, ce que nous pouvons clairement constater, ce sont ces images reprises par
tous les médias du monde du présumé coupable, homme menotté, accablé, fatigué.

 

Au point que l’ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, dénonce sur France Inter
« une mise à mort médiatique » Il déplore en effet « l’exhibition, provoquée, organisée par la police américaine de Dominique Strauss-Kahn sortant de garde à
vue ». 

 

 



 

Dominique Wolton, spécialiste de communication au CNRS, déclare sur BFM TV que « Au
nom de l’information, on ne peut pas faire n’importe quoi et se livrer à une curée médiatique comme celle à laquelle nous assistons en ce moment ».

 

Martine Aubry quant à elle s’est déclarée sur France Info « choquée par les
images » ajoutant qu’ «  heureusement en France, depuis la loi Guigou de 2000, on ne peut pas montrer quelqu’un de menotté, on ne peut pas humilier. »

 

L’éditorial du quotidien le Monde (daté du mardi 17 mai 2011) dit parfaitement ce qui
vient de se dérouler sous nos yeux «  Les faits qui sont reprochés à Dominique Strauss-Kahn sont particulièrement graves. Mais, à ce stade de la procédure en cours, ils ont une
particularité : ils ne sont pas avérés. Pourtant médiatiquement et politiquement, M. Strauss-Kahn est déjà jugé. Et durement sanctionné, impitoyablement. »

Nous avons connu pas si loin de cela dans le temps, en France, des situations similaires
comme l’affaire « Outreau » ou encore les accusations d’espionnages de cadres chez Renault, ou encore plus loin dans l’histoire de France l’affaire Salengro où ce dernier se suicidera
épuisé par les calomnies.

 

C’est pourquoi, nous avons le devoir  pour la sérenité de la
justice
de protéger la victime présumée et mais également le présumé coupable, qu’il ou elle soit riche ou pauvre, qu’il soit ancien Directeur du FMI ou femme de ménage.